Des contraintes de circulation urbaine de plus en plus fortes, une demande de marchandises fraîches en croissance permanente, des exigences sur la décarbonation des transports. Équation impossible ? Les solutions existent pour les professionnels de la filière Froid. Tour d’horizon avec François Gatineau, consultant expert mobilité et énergie chez Mobileese – société de conseil, formation et ingénierie qui accompagne les organisations pour réussir leurs projets Mobilité et Energie.

Aujourd’hui, 75% des européens vivent en ville et subissent embouteillages et. Le secteur du transport sur les villes européennes contribue à 50% des émissions et 30% du total de kilomètres. Les politiques des édiles s’appuient sur ces chiffres pour changer la présence des véhicules dans leurs cités en complexifiant l’accès et en limitant le stationnement. L’article 86 de la loi du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités accentue ce phénomène, consacrant la zone à faibles émissions mobilité (ZFE) pour toutes les communes, qui devront progressivement les mettre en place lorsqu’un plan de protection de l’atmosphère (PPA) est adopté, et ce progressivement sur les 3 prochaines années. Concrètement, cela signifiera que tout véhicule souhaitant accéder à la ZFE devra afficher un coefficient Crit’Air de plus en plus bas au fur et à mesure du temps.

De plus, avec l’explosion continue du e-commerce, la livraison du dernier kilomètre a bien changé. Le point final de livraison est de plus en plus décentralisé. Alors transformer la livraison du dernier kilomètre devient lourde de challenges :

  • Structurels : la complexité opérationnelle est très élevée, avec un secteur qui fait face à de nombreux acteurs et des marges faibles.
  • Organisationnels : la collaboration entre pays, villes et entreprises est loin d’être claire, sans compter que les données des acteurs ne sont pas suffisamment partagées.
  • Économiques : pas de solution viable financièrement et un accompagnement faible en termes d’aides pour l’amélioration des flottes et le changement vers des solutions logistiques
  • Techniques : manque de réponses qui ont totalement montrées leur efficacité pour le zéro émission.

Pendant ce temps, l’Union Européenne affiche et met en œuvre sa volonté de renforcer les règlements « zéro émission » afin d’atteindre ses objectifs de décarbonation en 2050. La révision en cours de finalisation de la directive pour le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs (AFID-rev) promeut cette stratégie.

L’UE va également mettre à jour la directive Eurovignette qui régule le péage routier, notamment dans les zones urbaines, proposant aux Etats-membres de faire varier le prix à la baisse jusqu’à 75% selon la performance CO2 des camions.

Il existe de plus en plus de solutions pertinentes…

Alors quelles solutions s’offrent aux acteurs économiques ? C’est plutôt une approche de mixité de solutions qui apparait comme la plus pertinente. A terme, les poids-lourds dotés de pile à combustible alimentés en hydrogène sont plus adaptés, vues la puissance et la distance parcourue. Les tonnages intermédiaires pour l’acheminement plus local peuvent recourir à cette solution mais aussi à celle de camions à batterie. Ces derniers sont en effet plus adaptés dans le cas de la circulation en ZFE dense, pour des raisons de sécurité notamment (la technologie hydrogène nécessite plus de système de contrôle anti-explosion que celle à batterie). L’offre se densifie peu à peu sur la gamme de camions de 3,5 à 26 tonnes.

Pour compléter ces solutions, l’apparition progressive de vélos cargos à pile à combustible est très intéressante. Ils offrent l’avantage d’une recharge plus rapide et peuvent économiser 5,5 tonnes de CO2 par an en remplaçant les véhicules à moteur à combustion, offrant ainsi une véritable réponse aux exigences de la livraison du dernier kilomètre.    

Plusieurs villes européennes vont tester le prototype développé par le projet FCCP (budget de 8,5 M€ financé à 50% par l’UE) : Aberdeen en Ecosse, Groningue et La Haye aux Pays-Bas, Luxembourg, Munich et Stuttgart en Allemagne. La mise en service de ces véhicules est prévue à partir de l’automne 2020 et tout au long de 2021.

Pour la chaine du froid, les opérateurs sont évidemment soumis au tarif d’électricité. Une maîtrise plus directe de cette ressource leur permettrait de proposer une politique tarifaire à la fois lisible pour les clients mais aussi moins impactante sur leurs coûts. Les véhicules équipés de batterie offrent une solution de stockage mobile. Si ces batteries sont rechargées à l’aide d’une solution de recharge intelligente, par exemple au moment où l’électricité fournie est la moins chère, elles disposeront de la capacité à générer le froid au meilleur coût. Sans compter l’effet positif sur l’atteinte des enjeux environnementaux.

La flexibilité dans l’usage des véhicules électriques (batterie ou hydrogène) permet également de les associer étroitement à des outils numériques efficaces dans la mise en place de supply chain courte et intelligente. On le voit déjà pour les plateformes de livraison de nourriture. Ces outils offrent en outre la capacité d’adaptation pour pivoter si leurs fonctions ne correspondent pas exactement aux besoins.

… Qui doivent être accompagnées

Ensuite, pour mettre en place ces changements, il est indispensable d’adapter les règles économiques à celles de transformations imposées par le législateur. Il faudra aussi financer massivement via des fonds comme le Green Package européen et ses effets de levier que le privé mettra en place comme le déploiement d’opérations logistiques zéro émission et des infrastructures liées aux changements (stations hydrogènes, recharge des batteries, places de stationnement logistique réservées…). Il est aussi incontournable de préserver le tissu d’activité des PME de ce domaine de la logistique froid par des accompagnements spécifiques.

Feuille de route

Plusieurs actions sont nécessaires afin de réussir les changements qui s’imposent sur la logistique du froid du dernier kilomètre :

  • Affirmer et piloter sa coopération entre le national, les villes et les entreprises autour d’un projet d’objectif commun et irréversible « logistique froid décarbonée »
  • Mettre fin à l’usage de carburants fossiles pour les véhicules en mettant en place un cheminement jalonné pour piloter et mettre en œuvre la transformation
  • Optimiser les modèles de mobilité et la multimodalité pour diminuer l’énergie nécessaire en libérant les initiatives entrepreneuriales
  • Préparer une infrastructure physique et IT robuste pour accompagner ces changements
  • Former et éduquer les forces de travail à la transformation
  • Laisser plus de place à l’innovation pour initier les expériences.

François Gatineau

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