dimanche 27 novembre 2022

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« Kara, c’est mon frère spirituel ! »

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Séquence émotion : quand deux amis de 30 ans se retrouvent pour se témoigner leur profond respect mutuel, ça vous en dit long sur le sens du mot amitié ! Rencontre avec un champion reconnu du transport frigorifique, Kara Mendjel et son frère sprirituel, Georges Ferreira.
 

Ne croyez pas vendre un groupe frigorifique à Kara Mendjel, Président de la STAF, en lui tendant un bon de commande ! L’homme vous demandera toujours des spécifications inédites, un « truc » auquel lui seul a pensé. Un défi technologique. Ce perfectionniste dans l’âme sait aussi se rendre disponible quand son ami Georges lui demande de recevoir Froid News pour cette rubrique décalée. 

Parmi les nombreux amis de Georges, il en est un, et ce n’est pas exagéré, qui ne rentre dans aucune case. Un cas d’école. Autodidacte exigeant envers lui-même, en recherche constante du meilleur pour faire progresser les siens. Entendez sa famille, ses amis, ses collaborateurs, ses partenaires. C’est tout Kara Mendjel. « Cela va faire 30 ans que l’on se connaît avec Georges », explique-t-il avec un rien d’émotion dans cette voix de stentor que d’aucuns peuvent reconnaître dans les réunions publiques, ou encore du haut de son bureau quand il hèle depuis sa fenêtre, un conducteur à la manœuvre imprécise. Une voix chaude qui sait aussi se faire rassurante et empathique. 

C’était un soir de 1993, quand Alain Grand, alors Responsable après-vente Carrier (un autre ami de Georges) avait organisé un rendez-vous à Villeneuve-le-Roi, au siège de la STAF, sur ce qui deviendrait bien plus tard, le théâtre de cette splendide entreprise très réputée dans la filière. En substances, Georges se remémore la première image qu’il conserve de Kara, lorsque que celui-ci lui est apparu, tel un tribun à la parole sans détour, le regard perçant, son large sourire avenant ; et ses légendaires bretelles affirmant la signature du personnage. « Quand j’ai vu la quantité de groupes frigorifiques concurrents dans le parc de la STAF, mon sang n’a fait qu’un tour », se souvient Georges qui venait de prendre ses nouvelles fonctions de Chef des ventes France Carrier Transicold, fonctions qu’il occupera jusqu’à son départ à la retraite en février 2008. Retraite, un mot qui sonne comme une injure : « Un mot que je ne connais pas ! » souligne l’homme à la joie de vivre, toujours consultant pour Carrier et Dhollandia (pour son ami Marc Gamblin), également membre du comité de Surveillance du Cemafroid (avec son ami Gérald Cavalier) et toujours actif au sein de La Chaîne Logistique du Froid (avec plein d’autres amis). 14 ans de retraite, déjà, et toujours bon pied, bon œil pour cette figure aimée et déjà légendaire dans la filière : « En 1993, je me trouvais face à un challenge que j’ai relevé avec opiniâtreté quand on connaît la fidélité de Kara aux hommes et à la parole donnée. J’ai été impressionné, entre autres, par sa capacité à analyser très rapidement ses interlocuteurs et sentir si leur parole était crédible. C’est une force. Et puis avec les années, nous sommes devenus des frères de coeur. Kara fait partie de ma famille. Claudette, ma tendre épouse, me parle de Kara comme si c’était mon propre frère spirituel. Cette fusion d’âme à âme s’explique probablement parce que nous avons un parcours similaire. Kara vient d’Algérie et ma mère du Portugal, et je suis devenu français à l’âge de 14 ans. Merci la France ! Nous sommes des personnes humbles, élevées à la dure dans une famille nombreuse. On est fabriqués pareil ! »  

Djurdjura* flash back

« Je crois que Georges a tout dit, reprend Kara Mendjel, à la fois ému et joyeux. C’est vrai que le courant est passé au premier coup d’œil. Georges est arrivé en France plus jeune. Moi j’ai débarqué à Marseille à l’âge de 20 ans de ma Kabylie natale. Georges est quelqu’un qui partage les mêmes valeurs que moi et il a aussi le même raisonnement. C’est un homme de parole. Et quand il vous aime, comme dit l’adage, c’est à la vie, à la mort. Je me rappelle, quand il est venu me présenter le groupe Carrier Supra 950 Multi-Température, lui avoir demandé de le transformer en Mono avec un évaporateur 2200 extra large et ultra plat. Georges et Alain Grand ont donc fait plancher les ingénieurs de Carrier. Avec trois turbines, ça décoiffait comme on dit, à l’intérieur de la caisse. J’étais le seul à l’avoir en France. Georges a pris le risque. Il m’a plu tout de suite ! » Avec un tel professionnalisme, les résultats ont suivi puisque Georges a hissé sa marque à la première place chez STAF bien avant son départ en retraite. 

Le culte du détail 

Tout commence pour STAF en 1969 quand Michel Mendjel, frère aîné de Kara, arrive en France et achète un premier camion, après avoir travaillé en qualité de chauffeur-livreur pour Daumesnil. Michel a depuis investi dans l’hôtellerie à Paris et Grasse mais il n’est pas rare d’avoir le plaisir de le croiser avec Kara, pour certaines occasions. « En ce temps-là, on appelait les entreprises comme Daumesnil des louageurs, poursuit Kara. Ils vous cautionnaient auprès de la banque. C’est ce qu’ils ont fait avec Michel qui était un homme sérieux à une époque où on nous appelait les couscoussiers. Michel s’est installé à son compte avec un Bedford. Je suis arrivé en France en 1973, cela va bientôt faire un demi-siècle et on a racheté un deuxième camion, un Berliet GR 205. C’était d’ailleurs le premier à être équipé d’un hayon élévateur en région parisienne. Et le premier à proposer le hayon élévateur pour les rolls aux Coop d’Alfortville, c’était moi ! J’avais déjà le goût des beaux camions bien équipés. À l’époque, avoir un GR 205 en région parisienne avec une couchette, il fallait être un peu ‘zinzin’. Avec sa caisse Trouillet en tôle ondulée importée des États-Unis, mon Berliet avait fière allure. » Il faudra attendre le début des années 80 pour commencer à équiper les véhicules de caisse isotherme avec groupe frigorifique.

STAF, c’est les Nations Unies 

« Chez nous, à la STAF, on ne dit jamais bon week-end, on dit bon dimanche puisqu’on travaille tous les samedis avec mes enfants. Aujourd’hui, je devrais être en retraite depuis six ans, mais je continue toujours à travailler. Si tu me demandais dans combien de temps envisages-tu de quitter la société pour aller te reposer un peu, je te dirais dans dix ans. J’ai la chance d’avoir la santé. »

Un jour, lors d’une visite, nous échangeâmes avec Kara sur nos origines communes en Algérie, la religion, la paix. Le bouddhisme. Avec une très grande ouverture d’esprit, Kara Mendjel a une recette bien personnelle qui parvient à faire fonctionner des hommes et des femmes aux origines diverses. Kara est né dans les splendides montagne de Djurdjura*. Puis il vécut jusqu’à 17 ans à Chellalat el Adhaoura, autrefois appelée Maginot dans le très vaste département d’Alger, un peu plus au sud-ouest, dans une région déjà aride, et où repose son père. Ne le répétez pas, déjà passionné de camions, Kara a « séché » l’école plus d’une fois à 10 ou 11 ans pour partir en tournée de livraison avec un chauffeur de camion de son père. « Eh bien moi, je dis justement aux gens que la STAF fait partie des Nations Unies. Et quand j’évoque le bouddhisme, c’est parce que j’ai une passion pour l’Asie, l’Asie du Sud-Est et l’Inde. J’ai eu la chance d’y aller deux fois. Méfiez-vous, si je m’y rendais une nouvelle fois, je pourrais me convertir ! De tous les pays d’Asie que j’ai visités, c’est la Malaisie qui me plaît le plus, avec le mélange des musulmans, des bouddhistes, justement. Et c’est la tolérance, c’est le respect de l’autre. Je tente de remettre la valeur de l’Homme au centre de mon management, de mon engagement. Je me fais un point d’honneur à témoigner de mon amitié à d’anciens clients désormais retraités comme un patron de Franprix, des amis de Renault Trucks, des Coop, Félix Potin, la Parisienne… Et bien d’autres que je n’oublie pas. »    

Une vision d’avance 

Quand on parle transport frigorifique, l’homme de l’art prend des accents gaulliens. Son visage déjà lumineux monte en température comme un tracteur Volvo de 750 ch qu’il avait acquis pour un des meilleurs chauffeurs méritants de la STAF : « J’ai eu la chance d’aller aux États-Unis, en Australie et au Japon, entre autres, et de visiter la célèbre halle aux poissons du marché de Tokyo. J’en suis arrivé à la conclusion que s’il y a un pays au monde qui a une logistique d’avance, en termes techniques et en expertise, c’est la France. » Sa vision de la logistique actuelle et à venir, au sens large, est très positive. Ce que d’aucuns considère comme des menaces, il rétorque opportunités et remises en question. Progrès. Les contraintes d’accès en centre-ville, le coût de l’énergie, la raréfaction du personnel, la robotisation en cours des entrepôts, les véhicules autonomes. Il connaît tout. « Je ne suis pas du tout inquiet pour notre métier. La preuve en est qu’aujourd’hui, heureusement, on dispose de véhicules adaptés. Sans aucune prétention, j’ai toujours essayé d’être avant-gardiste. J’ai toujours poussé les constructeurs, les carrossiers, les fabricants d’hayons élévateurs, de groupes frigorifiques à aller de l’avant. Par exemple, le tire-palettes électrique, encore en toute modestie, c’est moi qui l’ai mis en place le premier pour limiter la fatigue de nos chauffeurs. Autres exemples quand j’ai poussé Renault pour équiper son 26 tonnes Distribution, de suspensions pneumatiques intégrales et d’un essieu arrière directionnel. Aujourd’hui tout le monde en a. » Et quand ce Grand Timonier lâche la barre (n’allez pas croire qu’il soit Maoïste !), rarement plus de quelques heures, il aime arpenter les quartiers populaires, comme le marché de la rue d’Aligre, à Paris, où il se régale sur le pouce d’une entrecôte d’anthologie ; une passion des marchés qui lui vient d’ailleurs de son père, jadis au « bled » et où il aime tant revenir voir ses amis avec ses enfants. Kara Mendjel s’intéresse à peu près à tout. Par exemple, ne lui demandez pas de vous parler du quartier du Marais, il est intarissable ; ou encore du marché au poisson de Tokyo, des plateformes Amazon aux USA qu’il juge d’ailleurs dépassées. « Enfin, pour conclure cet entretien, ajoute-t-il, je voudrais aussi rendre hommage à la grande distribution qui nous a appris à gérer. Il y a 35 ans, je ne connaissais pas réellement les coûts d’exploitation de notre parc roulant. On ne dit jamais assez merci à ses clients de nous accorder leur confiance. » Un transporteur de la race des Seigneurs. 

Pierre Besomi    

*Djurdjura est le nom berbère du massif montagneux de la Kabylie, en Algérie, qui s’étend à l’est du pays sur 110 km en bordure méditerranéenne. 

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